L’essor des mannequins virtuels

Connaissez-vous Shudu, plus connue sous le pseudonyme @shudu.gram sur Instagram ?

Suivie par plus de 150 000 personnes sur l’application, elle a posé pour des magazines tels que Vogue, Cosmopolitan, Women’s Wear Daily et est l’un des mannequins de la maison Balmain. Un top model comme il en existe de nombreux me direz-vous. Certes, à la différence près que Shudu n’existe pas. Ou pas réellement en tout cas, car elle a été créée grâce à un logiciel 3D qui lui donne une apparence plus vraie que nature.

Inspirée par la Barbie « Princess of South Africa », mais aussi par de célèbres mannequins telles que Iman ou encore Duckie Thot, ce mannequin noir est une modélisation numérique hyperréaliste de mannequin et possède son propre compte Instagram où de nombreux admirateurs ont eu du mal à croire qu’il ne s’agissait pas d’un humain tant la vraisemblance est troublante.

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Le concepteur de Shudu, Cameron-James Wilson, est un photographe de mode londonien qui a ainsi créé la première agence de mannequins virtuels, The Diigitals, et décrit Shudu comme la « première supermodèle virtuelle ». En s’associant avec des entreprises comme Clo3D, qui conçoit des vêtements 3D hyperréalistes à partir de modèles existants, Wilson a fait de ses créations de véritables vitrines pour certaines marques, notamment grâce à leurs profils Instagram.

Shudu n’est qu’un exemple parmi plusieurs « influenceuses virtuelles » : toutes ont la particularité de déstabiliser leur public tant leur vraisemblance est troublante, et leur popularité sur les réseaux sociaux est une preuve de l’intérêt qu’elles suscitent. Il est d’autant plus intéressant de constater que ces mannequins virtuels, qui se prennent pour de vrais models se font connaître à travers Instagram, une plateforme où le faux semble remplacer le vrai, en poussant à exposer une version fantasmée de soi et de sa vie.

Mais cette nouveauté, qui lie la mode aux nouvelles technologies, suscite le débat car elle fait réfléchir sur certains aspects éthiques, économiques et environnementaux de l’industrie de la mode.

Mariage entre mode et technologie

Pour certaines marques, la création de Shudu et d’autres mannequins virtuels est l’opportunité de montrer qu’elles sont dans l’air du temps, et prennent également le tournant des nouvelles technologies, à leur manière. Ainsi, Olivier Rousteing, le célèbre directeur artistique de la maison Balmain, est l’ un des premiers dans le monde de la haute couture à s’être emparé de la tendance des mannequins virtuels. Il a récemment créé sa « Balmain Virtual Army » avec Shudu, Margot et Zhi, trois des mannequins virtuels conçus par Wilson.

Ce phénomène n’est pas complètement nouveau. Déjà en 2015, à l’occasion d’une campagne très inspirée par l’univers des animes, Nicolas Ghesquières, directeur artistique de chez Louis Vuitton, avait choisi comme égérie Lightning, un personnage aux cheveux roses issu du jeu vidéo Final Fantasy, conçu par Tetsuya Nomura.

Dans le même esprit, en juillet 2018, Gucci a choisi Erica, une humanoïde japonaise de 23 ans, dans le cadre d’une campagne de la marque en Chine.

Gucci Chine.jpg
Présentation d’Erica, dans le cadre d’une collaboration GQ x Gucci : https://www.gq-magazine.co.uk/article/gucci-performers-hiroshi-ishiguro

La campagne promotionnelle chinoise: https://mp.weixin.qq.com/s/2axxmYuBFBMwNUWe4dv0XQ

Les faux sont-ils l’avenir des vrais ?

Dès le début, le projet de Cameron-James Wilson n’a pas ravi tout le monde, et la création de Shudu a notamment fait polémique sur Twitter. En effet, certains accusent Cameron-James Wilson, un homme trentenaire blanc, d’utiliser l’image fantasmée d’une femme noire sans vraiment promouvoir les vraies femmes noires encore sous-représentées dans le milieu de la mode (chose que Naomi Campbell a longtemps dénoncé). Cet article du Huffington Post, ainsi que celui-ci du New Yorker décrivent et analysent plus précisément les causes de ce tollé sur les réseaux sociaux.

Néanmoins, le créateur s’est défendu de ces critiques en rappelant que Shudu n’était qu’une de ses créations en tant qu’artiste, et qu’à travers elle, ou encore Brenn (@brenn.gram sur Instagram), il promeut au contraire la diversité dans la mode.

Au-delà de cette polémique, on peut s’interroger plus largement sur l’avenir du mannequinat, notamment à l’ère du digital et de l’intelligence artificielle. Pour l’heure, à moins de considérer les mannequins comme de simples portants à vêtements au service des marques, on peut difficilement imaginer que les mannequins virtuels remplacent les vraies top models. Comme le montre le phénomène des « super-modèles », dont la popularité dépasse les podiums en les érigeant parfois au rang d’icône, l’aura des mannequins – et leur impact sur les marques pour lesquelles elles travaillent – est aussi fondée sur leur personnalité et parfois leur vie personnelle grâce aux réseaux sociaux.

Est-il possible de créer des mannequins virtuels qui ne soient pas de simples avatars, mais qui aient une véritable image et une personnalité propre ? C’est le pari que se sont lancés les créateurs de Miquela Sousa, connue sous le pseudo @lilmiquela sur Instagram, où elle possède plus de 1,5 million de followers. En effet, autour de Miquela, jeune mannequin virtuel de 19 ans vivant à Los Angeles, Trevor McFedries et Sara Decou, ses concepteurs, ont créé tout un univers afin de rendre l’illusion plus vraie que nature. Sur sa page Instagram désormais très suivie, Miquela pose pour des magazines et des marques tels que Interview Magazine, Notion Magazine, UGGou Opening Ceremony. Elle promeut des organismes défendant les causes qui lui sont chères, pose avec de véritables célébrités telles que Diplo ou Tracee Ellis Ross et s’est même lancée dans la musique avec ses titres « Hate Me »et « Not Mine », écoutés respectivement plus de 3 millions et 1,5 million de fois sur Spotify.

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Let’s skedaddle 🐎

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Une mode virtuelle : la solution pour une mode plus durable ?

Qui dit mannequin dit vêtements, et les mannequins virtuels ne sont pas en reste. Les vêtements qu’ils portent sont également des reproductions 3D de modèles existants, et leur réalisme est l’œuvre d’entreprises comme Clo3d qui développent des vêtements en 3D au service des marques à des fins de création mais aussi pour éviter de produire des spécimens destinés à être exposés ou photographiés (pour le e-commerce par exemple). Ainsi, comme le soutient Amber Jae Slooten, la co-fondatrice et directrice artistique de The Fabricant(une « digital fashion house ») à l’occasion d’un panel sur le design 3D et la réalité virtuelle comme technologies durables, cette solution innovante est aussi un moyen de réduire les ressources consommées et les déchets produits par l’industrie de la mode, qui est la plus polluante au monde après celle du pétrole.

fabricant in motion fatou.jpgThe Fabricant – In Motion

Au vue de tous les questionnements qu’ils suscitent et des solutions qu’ils semblent apporter, les mannequins virtuels sont certainement plus qu’une simple mode et semblent avoir un avenir prometteur.

_By Fatou Gueye

 

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